L'Espagne retrouve le sommet
Quatre décennies durant, la Seleccion s'est cru maudite, voyant ses voisins latins collectionner les triomphes pendant qu'elle basculait dans une triste série d'échecs, à peine égayée par la belle santé de ses clubs. En ce mois de juin 2008, l'Espagne s'est réconciliée avec la victoire et l'esprit d'initiative, à la faveur d'un parcours remarquable, conclu par un succès de prestige, ce dimanche, face à l'Allemagne (1-0). Un but de Torres, est venu concrétiser ce prometteur retour en grâce, matérialisé par un deuxième titre continental. La Péninsule peut être fière de ses héros.
L'Allemagne et l'Espagne ce sont deux des plus grandes nations de foot. Deux pays qui vouent une passion énorme pour le ballon rond. Pourtant, preuve que ce sport se nourrit de paradoxes, ils n'ont jamais eu l'occasion de s'affronter à un stade aussi avancé d'un grand tournoi majeur. Depuis ce dimanche, cet état de faits n'est plus de mise. Opposées en finale du Championnat d'Europe des Nations, la Nationalmanschaft et la Seleccion ont, enfin, eu l'opportunité de se mesurer avec comme enjeu une consécration continentale. Au grand bonheur des supporters ayant pris place dans la belle enceinte d'Ernst Happel et celui des centaines de millions des téléspectateurs.
Une finale, par définition est censée récompenser la meilleure équipe d'un tournoi, parfois elle déroge à cette règle pour primer le mental ou encore la discipline, comme ce fut le cas il y a quatre ans avec la Grèce. Ce soir, l'on a été heureux de constater que ces deux exigences ne sont pas incompatibles. Le nouveau champion d'Europe a su parfaitement jongler avec chacune des vertus faisant la beauté d'un vainqueur, allant même jusqu'à flirter avec l'excellence. Opposé à une sélection, pourtant connue pour son vécu indéniable des grands rendez-vous, son esprit de gagne, et aussi une aubaine parfois écoeurante, l'Espagne a dompté l'adversité, pour déployer un football qui lui est propre. Un football qui lui a permis depuis plusieurs semaines à franchir tous les haltes sans encombres et auquel les puristes n'y trouvent presque rien à redire, tout en enchantent les amateurs du beau jeu. En ces circonstances, elle ne pouvait que monter le plus haut, pour se retrouver au sommet.
Comment la Seleccion s'y est prise pour renouer avec son glorieux passé ? En maîtrisant presque continuellement son sujet, bien sûr, mais aussi en surmontant plusieurs contraintes. Privée de Villa, elle a su s'organiser en conséquence pour rester tout aussi performante qu'avec l'attaquant Valencien. Cesc Fabregas, le joker de luxe, profita de cette défection pour faire parler sa qualité de passe, alors que Fernando Torres, nullement perturbé par un surplus de responsabilités, bénéficia de l'espace laissé libre aux avant-postes pour sortir de sa bulle et confirmer toute l'étendue de son buteur. L'attaquant de Liverpool, anormalement timide depuis le début de la compétition, choisit le meilleur moment pour mettre son grain de sel à la glorieuse épopée des siens. Trente-trois minutes c'est ce qui a suffi à El Nino pour libérer toute une nation. Lancé par Xavi dans le dos des défenseurs, il prit le meilleur sur Philipp Lahm, par la grâce d'une remarquable accélération et un potentiel physique impressionnant, pour s'en aller tromper Lehmann d'une louche imparable. Propulsée sur la voix du succès par l'enfant de Madrid, l'Espagne ne s'en dévia plus. A se demander s'il pouvait en être autrement.
Avant même de prendre les devants à la marque, la bande à Aragones avait déjà failli à deux fois de faire trembler les filets adverses. A la 15e minute, Lehmann repoussa l'échéance en écartant d'une claquette salvatrice une tête de son défenseur Metzelder, qui se dirigeait vers son but, puis à la 22e minute, Torres, d'une reprise du bout de crâne, toucha le montant gauche des Allemands. Dépassée par les événements, la Manschaft restait spectatrice, à l'image d'un Ballack, neutralisé à la moindre de ses prises de balles. Les hommes de Joachim Löw, malgré un début de match qui les a vus s'installer dans le camp ibérique, n'eurent pas la moindre opportunité de vibrer tout au long de la première période, donnant une flagrante impression d'impuissance. Alors qu'il s'attendait à sortir le match de sa carrière, Iker Casillas, non à contre c½ur, sommeillait tranquillement dans ses bois.
Au retour des vestiaires, la physionomie de ce duel ne changea pas, ou alors à peine. L'espace de dix minutes, les Allemands donnèrent l'impression de pouvoir réagir et revenir dans le match. Leur courte mainmise fut cependant sans conséquence. Face à la solidité et la discipline de l'arrière garde ibérique, Klose et Podolski n'existèrent absolument pas. Un sursaut stérile qui ne fit qu'encourager les Ibériques. L'heure de jeu passée, consécutivement à une frappe non cadrée de Ballack, reprirent leur domination, avec comme objectif d'inscrire un second but libérateur. En trois minutes, entre la 67e et la 69e, ils se créèrent trois grosses opportunités de signer le break et il fallut alors toute l'expérience de Lehmann pour éviter le K-O à l'Allemagne. A l'approche de la fin, annihilés par une décourageante passivité, les triples champions d'Europe perdirent progressivement tout contrôle sur la partie, pendant que la Seleccion se faisait une joie de savourer ces moments de bonheur, tout en continuant à attaquer. Mr Rossetti entonna ensuite la fin du calvaire allemand, envoyant par la même occasion les Espagnols au septième ciel.
Sans véritablement forcer, l'Espagne s'est donc adjugée ce dimanche son deuxième titre de Champion d'Europe, brisant d'un seul coup une longue malédiction. Pendant au moins quatre ans, elle est la nouvelle reine du Vieux Continent. Quant à l'Allemagne, au charme déliquescent, elle se retrouva confrontée à ces bourrasques et cette habitude nouvelle d'échouer continuellement aux places d'honneur. Dans son malheur, elle trouvera cependant consolation dans le fait qu'elle demeure toujours comme la nation européenne la plus titrée.
Euro 2008 – Finale :
Allemagne – Espagne : 0-1
But : Torres (33e)

